Les contes à l’école

"VASSILISSA LA TRES-BELLE", illustration de Bilibine (1876-1942)

« VASSILISSA LA TRES-BELLE », illustration de Bilibine (1876-1942)

Pourquoi ?

« Un conte, c’est le message d’hier, destiné à demain, transmis à travers aujourd’hui. » Amadou Hampâté Bâ

Depuis la parution, en 1976, du livre de Bruno Bettelheim, Psychanalyse des contes de fées, l’attention des éducateurs a été attirée sur le rôle des contes merveilleux dans l’éducation des enfants : « Tout conte de fées est un miroir qui reflète certains aspects de notre univers intérieur et des démarches qu’exige notre passage de l’immaturité à la maturité. »
Les ethnologues et les linguistes qui ont étudié les langues de sociétés orales, notamment en Afrique, ont constaté que, dans ces sociétés, le conte n’était pas seulement récréatif, mais support de formation et d’enseignement s’adressant à tous les âges : « Les mythes, contes, légendes et jeux d’enfants, ont souvent constitué, pour les sages des temps anciens, un moyen de transmettre à travers les siècles d’une manière plus ou moins voilée, par le langage des images, des connaissances qui, reçues dès l’enfance, resteront gravées dans la mémoire profonde de l’individu pour ressurgir peut-être au moment approprié, éclairées d’un sens nouveau. »

Suzy Platiel, photo de Mathieu Millecamps

Suzy Platiel, photo de Mathieu Millecamps

Suzanne Platiel, ethno-linguiste, qui a travaillé longuement chez les Sanan du Burkina-Faso et a recueilli plus de trois-cents contes, a pu découvrir que le conte contribue, non seulement à construire l’être social, mais aussi à acquérir la maîtrise de la parole. L’enfant écoute le conteur en concentrant son attention pour mémoriser le conte entendu, mémorisation qui, en l’absence de support écrit est de type appropriatif.
Ce type de mémoire implique la compréhension de la structure du conte – « la colonne vertébrale du conte » – tout en laissant au conteur sa liberté de choix pour élaborer la « chair de son conte ». C’est cette possibilité qui permet au conteur d’utiliser son imaginaire et, à travers lui, de conserver ses facultés de créativité.
Confrontée, à chacun de ses retours en France, au développement de plus en plus généralisé d’un individualisme exacerbé et, chez les élèves, à l’augmentation de la violence et des échecs scolaires, elle est convaincue que cette situation est liée à la transformation de nos outils de communication et à la généralisation des communications indirectes au détriment de la communication directe. Elle fait l’hypothèse que si l’on reproduisait dans les classes, autant que faire se pouvait, la façon dont le conte était utilisé chez les Sanan pour développer à la fois la sociabilité et les structures mentales des enfants, on pourrait restaurer la maitrise de la parole, créer une solidarité de groupe et remédier à l’échec scolaire grâce au développement de la faculté d’écoute, de concentration, de mémorisation appropriative, etc.
C’est ainsi qu’elle est venue dans différentes classes, raconter des contes sanan et faire « raconter » aux élèves des contes de leur choix pendant une heure hebdomadaire. Ces expériences, menées à l’école primaire et au collège (classes de sixième, enseignement spécialisé), ont été un succès. Une recherche expérimentation est aujourd’hui conduite dans le cadre du CMLO, dirigé par l’anthropologue Marc Aubaret.

Comment ?

Racontée en petite section de maternelle à l’école Jeanne d’Arc au Kremlin Bicêtre

Racontée en petite section de maternelle
à l’école Jeanne d’Arc au Kremlin Bicêtre

Les conteuses de Ressac interviennent dans les écoles maternelles et élémentaires pendant le temps scolaire. L’horaire, la durée et les modalités de leurs interventions sont variées et décidées avec la direction de l’école et les professeurs concernés.

Ce sont parfois des interventions brèves : dans certains cas, en maternelle, le professeur ne demande qu’un conte qui ponctue la rentrée en classe du matin ou de l’après-midi, la conteuse intervenant successivement dans deux classes. L’idéal en maternelle est que ces interventions brèves soient relativement rapprochées (tous les quinze jours). Racontée en petite section de maternelle à l’école Jeanne d’Arc au Kremlin Bicêtre.

Dans les classes élémentaires, il arrive aussi que la conteuse apporte un conte long (de 20 à 25 minutes) sur lequel s’engagent les questions et remarques des enfants. Mais l’organisation la plus fréquente est celle d’une racontée de 20 minutes (petite section de maternelle, en début d’année) à 45 minutes (école élémentaire) avec plusieurs contes de type différent.

Ce sont les mêmes conteurs ou conteuses qui interviennent pendant l’année. Ainsi, il leur est possible de s’adapter aux besoins, aux réactions des enfants et aux demandes des professeurs.