Témoignages – Visite aux personnes âgées

 

Je l’appellerai Monsieur A.

(récit de Annie M, bénévole Ressac – 2020)

Monsieur A. est non-voyant, définitivement, depuis l’âge de 29 ans … Il a su très jeune qu’il allait perdre la vue à cause d’un « sale » gène … Rien à faire, surtout à cette époque-là ! D’ailleurs son petit frère a suivi … Monsieur A. est devenu Facteur de pianos (1), son frère lui, Kiné…

Monsieur A. a rencontré sa femme, mal-voyante suite à une méningite étant enfant, dans l’Institut pour Aveugles où ils étaient tous deux en internat : « un bâtiment pour les garçons et un pour les filles » … De cette union sont nés trois enfants, tous voyants ! Le gène venait de la grand-mère paternelle, sa propre mère … encore un gène qui se transmet par les femmes.

Monsieur A. est veuf depuis 5 ans et, désormais, profondément seul. Plus rien ne le passionne, ni sa collection de taxis et camions miniatures, ni les jeux de société, ni les sorties (« j’ai terriblement mal aux genoux » !). Ses filles le visitent et l’aident à s’approvisionner mais il ne « voit » quasiment pas ses petits-enfants. Il reste informé des tracas du monde grâce à sa télévision bloquée sur la même chaîne car il n’ose pas zapper, ne comprenant pas le fonctionnement.

Monsieur A. est heureux, j’ose le croire, quand je viens le « voir » car le mot « voir » est omniprésent dans ses phrases … Nous nous prenons un jus de pommes et nous refaisons le mode en mieux !

Clavier de piano

(1) Le facteur de piano est celui qui fabrique les pianos; il prend en charge également la restauration, la réparation, l’accordage et l’intonation du piano.

 

Partage de souvenirs …

(récit de Lesley, bénévole Ressac – 2020)
 
J’ai été mise en relation avec Lucienne pour des visites d’amitiés par la section Visites aux Personnes Agées. Je passe trois heures chez elle le vendredi après-midi; nous prenons le goûter, sortons parfois faire une course ou faisons de la peinture à l’aquarelle et surtout bavardons de tout et de rien à ne pas voir passer le temps.
 
Lucienne est née à Belleville en 1924 et vit seule rue des Pyrenées. Elle a donc 96 ans; vive et alerte, elle a une mémoire souvent meilleure que la mienne. Nous avons rapidement sympathisé et, même si en général nous ne parlons pas du passé, il vient parfois dans la conversation des anecdotes, comme un miroir de l’époque de sa jeunesse, sur son métier, sa vie à Belleville, son quartier et sur la seconde guerre mondiale.
 
Un jour, elle m’a montré des récits qu’elle avait écrits, je crois, dans les années soixante. Le plus importants, d’une dizaine de pages, « L’Exode, le début de la guerre » raconte la sortie de Paris, en septembre 1939 avec sa mère et un groupe de parisiens craignant l’arrivée des troupes allemandes. Un autre, d’une douzaine de pages, « Un samedi à Paris », est une description fascinante de sa vie dans le quartier du Belleville de sa jeunesse, de son école, des petits commerçants, des rues avant les voitures et avant même de vrais routes … « Aller place de la République était une véritable expédition » …
 
J’ai trouvé ces récits passionnants. Les détails sur le Paris de l’époque étaient fascinants et m’ont beaucoup émue. De sorte que j’en ai parlé lors d’une réunion de ma section à Ressac et il a été proposé de les faire lire dans les EHPAD; j’étais sure que Lucienne y trouverait des âmes soeurs chez des contemporains et qu’ils pourraient alors eux aussi évoquer ensemble des souvenirs de cette époque.
 
Deux de nos conteuses ont donc organisé des lectures dans des maisons de retraite à l’heure du goûter auquel des écoliers étaient invités pour écouter et participer à des questions/réponses après la lecture ainsi que dans des écoles primaires où les enfants avaient préparé des présentations de photos, de presse, de dessins et de peintures pour illustrer la lecture là aussi suivie de questions/réponses autour d’un goûter.
 
Lucienne s’est déléctée de toute cette attention et s’est révélée être une conférencière enthousiaste et passionnée …
 
 
 

Connaissez-vous Jonas Kaufmann ?

(récit de Josette, bénévole Ressac – 2019)

Si vous aimez l’opéra, oui. Sinon, sachez que c’est un chanteur lyrique, un ténor ‘lirico-spinto’ précise Wikipédia, né en Allemagne il y a 50 ans, et qui fait une carrière internationale.

Pourquoi parler de Jonas Kaufmann, ici ?

Parce que le voir (elle le trouvait beau), et l’écouter (sa voix l’enchantait), a été un des derniers plaisirs d’une dame, à qui Ressac a téléphoné et rendu visite pendant 2 ans, et qui vient de décéder en plein été 2019.

Suite à des chutes de tension qui lui occasionnaient des malaises, elle ne pouvait plus vraiment sortir, plus aller voir des expositions, plus aller jouer au bridge, et elle ne pouvait plus aller… à l’Opéra. Heureusement, il y avait internet – enfin, quand sa tablette ne lui posait pas de problèmes.

Désormais, pour moi, son souvenir est lié à Jonas Kaufmann et quand j’entendrai Jonas Kaufman, je penserai à elle.

 

 La tête et les jambes !

(récit de Josette, bénévole Ressac – 2019)

Depuis février 2017 je rends visite à une dame qui aura 99 ans à la fin de l’année 2019.

Elle a fait des études supérieures – rareté pour son époque – puis une carrière de juriste, tout en élevant 3 enfants.

Cette dame a touché un ordinateur pour la première fois à 93 ans.

Récemment, elle m’a raconté que, pendant la guerre, elle a fait 230 km, sur un vélo qui lui avait été prêté, pour relier Rennes, où elle suivait ses études de droit, et Landerneau, où sa mère lui demandait de rentrer, à cause du danger des bombardements.

Elle a mis 3 jours à faire la route. Elle a été hébergée une nuit, à titre gracieux, par un hôtelier, et une autre, par une connaissance. ‘Ah ! La solidarité, à cette époque !’

Un des pneus de la bicyclette a crevé quelques kilomètres avant l’arrivée. Elle a terminé à pied. Et quand elle a retrouvé sa mère, celle-ci lui a reproché de rentrer bien tard…

70 ans après, elle est toujours bien coiffée et bien habillée. Elle suit (presque toutes) ses affaires et celles du monde. Elle marche encore un peu dans son quartier quand on l’accompagne – et qu’on peut lui ouvrir les portes de son immeuble, trop lourdes pour elle.

Elle souffre beaucoup de la solitude, depuis la mort de son mari et depuis qu’elle est moins autonome. Elle fait tout ce qu’elle peut – et elle est très volontaire – pour avoir souvent de la visite.

 

Animation à l’EHPAD Bastille (Paris 11e)

(Commentaire de Charlène Cita, animatrice)

« Le soutien apporté par les bénévoles de l’association RESSAC a permis au service Animation de l’EHPAD Bastille de compléter son accompagnement auprès des résidents. En donnant un peu de leur temps, ces derniers nous ont apporté de la compagnie, de la bonne humeur et les résidents sont ravis de voir de nouveaux visages. L’année dernière, les bénévoles nous ont soutenus en nous accompagnant au marché, d’autres ont donné de la voix lors des animations chants ou lors des fêtes des anniversaires, certains nous ont aidé à voir pousser le potager et d’autres encore nous ont fait voyager dans l’univers de leurs contes. Par ces échanges, le quotidien des résidents est moins morne car ce n’est pas évident de mettre en place les animations sans ce soutien. Merci à tous ces bénévoles de RESSAC qui nous ont accompagné et merci d’avance à ceux qui le feront à l’avenir … »[/vc_column_text][/vc_column][/vc_row][vc_row][vc_column][/vc_column][/vc_row]